T'as des toilettes à l'eau ?... nan mais
À l'eau, quoi !?
On estime que 99 % des français font caca dans l'eau.
Dans l'eau ?! Non mais... ils ont des toilettes à l'eau, quoi !?
À l'eau, quoi !?
Ça ne vous avait jamais choqué, et pourtant c'est choquant !
Une fois que vous tirez la chasse d'eau, les eaux vannes (environ 30 litres d'eau potable par jour utilisés pour faire disparaître votre production dans les tuyaux) s'ajoutent aux eaux ménagères (environ 90 litres d'eau potable par jour, utilisés pour se laver, se doucher, faire la vaisselle ou le ménage...) qui sont pas très sales après utilisation.
Donc non seulement les toilettes à l'eau gaspillent de l'eau, mais en plus elles souillent toutes les eaux usées domestiques rejetées. Heureusement, les eaux usées sont épurées. Heureusement ?
L'épuration (que ce soit dans la station de la ville, ou votre fosse septique, ou votre phytoépuration) des eaux usées consiste à faire digérer votre caca par des bactéries en anaérobiose (c'est-à-dire sans air), puis à terminer par une phase en aérobiose : l'idéal, c'est de laisser la couche supérieure du sol travailler.
Au final, toute la matière des toilettes finit dans l'air (du CO2 issu de la dégradation des matières) et dans des boues (qu'il faut épandre quelque part... disons dans des champs).
Les toilettes sèches
Les toilettes sèches sont une réponse élégante aux deux problèmes générés par les toilettes à l'eau :
La meilleure manière d'économiser de l'eau, c'est de ne pas s'en servir.
Pas de chasse d'eau : un peu de sciure, de copeaux de bois, et voilà. Non seulement ça ne sent pas, mais en plus une fois le tout mis sur le tas de compost, la matière sèche (sciure, bois, ...) s'ajoute parfaitement à la matière organique (caca) pour nourrir tout un tas de bestioles plus ou moins petites (champignons, bactéries, lombrics, ...) qui vont ainsi en faire du terreau.
Nos déjections concernent :
- 99 % des contaminations fécales
- 98 % de l'azote
- 90 % du phosphate
des eaux usées d'une maison équipée de toilettes à eau.
Avec des toilettes sèches, vous en faites du terreau...
Bref, vous rendez une partie de vous-même à la terre. :-)
La meilleure façon de ne pas polluer l'eau, c'est de ne pas la polluer.
Non seulement vos contributions personnelles font désormais du terreau, mais elles laissent intactes les eaux ménagères de votre maison. Inversons les chiffres, et il reste :
- 1 % de contaminations fécales (lavez-vous les mains après avoir été aux toilettes !),
- 2 % de l'azote,
- 10 % des phosphates (essentiellement, ceux qui viennent de votre lessive).
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Les contaminations fécales sont le risque majeur pour l'eau, qu'elle soit située dans les nappes phréatiques ou les eaux de surface (ruisseaux, fleuves, étangs, lacs, mer, océan, ...) dont certaines sont des eaux de boisson ou de baignade. Ce sont ces contaminations qui rendent malades... car avec les bactéries amies déjà présentes dans nos intestins, on se porte très bien, mais avec celles ingérées dans de l'eau de boisson, patatra, c'est la tourista (ou bien pire !).
L'azote des eaux ménagères, rendu directement à la terre, se dégrade très rapidement pour donner des nitrates / nitrites : c'est un composé dont rafolent les plantes, et donc un excellent engrais. Il y en a énormément dans le lisier des cochons : il est épandu dans les champs pour cette raison. Sauf que malheur : rejeté dans l'eau, cela provoque l'eutrophisation des rivières et la multiplication des algues vertes sur les côtes de Bretagne.
Et le pipi ?
Et oui, bonne question, parce que les toilettes sèches peuvent :
- recueillir l'urine avec le reste dans le même récipient, comme des toilettes à eau,
- ou être à séparation d'urine,
Mélangées, pas de sujet : elles seront compostées avec le reste. Comme vous apporter plus d'azote (l'urée de l'urine), ne lésinez pas sur la litère (sciure) pour à la fois étouffer les odeurs (non seulement désagréables, mais preuve que ça se passe mal et dégage de l'ammoniac dans l'air) et équilibrer le ratio azote/carbone pour un bon compostage.
Séparées, c'est là qu'on peut commencer à rigoler ! Vous êtes alors sensé les éliminer avec vos eaux ménagères (qui vont recevoir un supplément d'azote, donc). Mais vous pourriez aussi... les utiliser comme engrais dans votre jardin !
Cet engrais azoté doit être utilisé rapidement pour qu'il ne se transforme pas en ammoniac - c'est une habitude à prendre au quotidien, vous videz votre « pot de chambre » matin et soir, zou, sur la terre. Si elle est humide, vous pouvez épandre sans autre forme de procès - mais surtout, jamais au même endroit.
Si la terre est sèche, vous pouvez soit diluer, soit créer un petit sillon avec votre binette, y verser l'urine, et reboucher.
Ce qui compte, c'est de laisser le temps aux bactéries du sol de nitrifier cet apport d'azote, et cela leur prend une quinzaine de jours. Alors gardez en tête votre « plan d'épandage » pour ne pas surdoser en azote ! En excès, il serait lessivé (par les eaux de pluie, d'arrosage) et participerait à l'eutrophisation des rivières, ou se volatiliserait en ammoniac (NH3) qui est un gaz dangereux pour la santé. Si vous sentez son odeur nauséabonde dans votre jardin, c'est la preuve évidente d'un surdosage.
C'est la loi !
En France, les toilettes sèches sont légales depuis 2012. Non, on ne rit pas : avant pour la loi, elles n'existaient pas - ou plutôt, la cabanne au fond du jardin devait disparaître. Et en matière d'assainissement, ça ne rigole pas ! Bien que l’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen il est convenu que « (…) Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. », le SPANC semble avoir pris pour sienne une version digne des shadoks :
« Tout ce qui n'est pas explicitement autorisé est strictement interdit. »
Donc, en 2012 quelqu'un parvient à glisser les toilettes sèches - un sujet hautement tabou ! - dans la loi. Mais la réglementation prend pas encore vraiment compte des eaux ménagères. En 2026, nous en sommes encore là...
