Les eaux ménagères
Nous venons de voir (du côté des toilettes sèches) que les eaux ménagères ne contiennent pas grand chose de polluant - mais déjà trop pour ne pas les rejeter directement dans des eaux de surface (ça, nous l'avons vu, ce serait vraiment mal : contamination et eutrophisation).
Comment les gérer correctement ?
D'après l'INRAE, les eaux ménagères contiennent statistiquement : 20 % des MES (matières en suspension) 50 % de la DBO5 présents dans les eaux usées incluant les eaux vannes.
En fait, les eaux ménagères ont une forte DBO5, c'est-à-dire qu'elles sont essentiellement constituées de matières qui se décomposent facilement dans un milieu avec de l'oxygène - en aérobiose. Donc, exit toute solution d'anaérobiose, comme les fosses septiques, ou infiltration profonde. Ce sont les organismes du sol, présents dans les 10 à 20 cm supérieurs, qui peuvent faire le boulot. Une simple infiltration dans les couches supérieures du sol suffit donc, à dimensionner en fonction du volume des effluents et de la nature du sol - parce que vous n'avez pas envie que l'eau stagne (moustiques, ...).
Par ailleurs, si vous stockez les eaux ménagères avant de les infiltrer (au hasard : dans votre ancienne fosse septique, ou dans un bac dégraisseur 500 L), l'azote ne se deviennent pas des nitrites : dans ces eaux, les bactéries qui peuvent faire ce boulot n'y sont pas. Non : dans un grand volume d'eau en anaérobiose (sans oxygène), au lieu de se nitrifier, l'azote devient de l'ammoniac (NH3). Vous savez, cette odeur de vieille urine qui prend au nez ? C'est ça, l'odeur de l'ammoniac. NH3 est un gaz nocif pour la santé humaine (il se combine aux oxydes d’azote et de soufre pour former des particules fines PM2,5 qui engendrent asthme, allergies, maladies respiratoires ou cardiovasculaires... ces particules sont classées cancérigène certain). Si une fosse sent l'ammoniac, c'est qu'elle pollue l'air. Mieux vaut donc infiltrer directement ses eaux ménagères.
Dans la loi
En France, les toilettes sèches sont légales depuis 2012. Mais la réglementation prend pas encore vraiment compte des eaux ménagères.
En effet, elle se contente de recommander d'adapter le dimensionnement au flux des effluents - notez bien, que n'est pas précisé s'il s'agit uniquement du volume du flux (quantité) ou de son contenu. Après tout, peut-être l'auteur de la loi l'a-t-il correctement écrite... malheureusement, un arbitrage simpliste a été rendu : il suffira de dimensionner les installations habituelles (celles qui fonctionnent normalement avec des matières fécales dedans, rappelons-le) de manière qu'elles soient deux fois plus petites.
Faisons le tour des solutions réglementaires.
Outre le fait qu'une fosse septique sans caca dedans ne fait rien d'autre que stocker de l'eau et dégager du NH3 (voir ci-dessus), elle n'existe pas dans un volume plus petit que pour 5 EH (3 m²). Si vous avez une maison pouvant accueillir 10 personnes, et que rejeter de l'ammoniac ne vous rebute pas, OK. Mais sinon, ce n'est pas une solution.
Une microstation (dispositif soumis à agrément) fonctionne sur le même principe. Ça fonctionne même encore moins bien qu'une fosse, d'après certaines sources, l'épuration (c'est-à-dire la destruction de matières) serait encore moins bonne... bref, ce serait payer un billet pour juste stocker de l'eau qui pue. Intérêt ?
Enfin, la phytoépuration. Elle aussi est un dispositif soumis à agrément, pour le traitement d'eaux usées incluant évidemment les eaux vannes. Associé à des toilettes sèches, c'est utiliser un maillet pour écraser une petite mouche, mais au moins l'azote sera absorbé par les plantes - au moins, cette installation n'est pas polluante. À vrai dire, on aurait fait à (beaucoup) moins coûteux avec une pédoépuration ou un FBB (filtre à broyat de bois).
Innovation
Mais alors, pourquoi ne pas agréer de nouvelles installations plus adaptées aux eaux ménagères ?
Bonne idée ! Mais ce n'est pas prévu par la loi. En effet, la loi définit que pour obtenir l'agrément, l'installation autonome doit subir 48 semaines de tests durant lesquels on l'alimente... avec une bouillabaisse qui ressemble à ce qui arrive à une station d'épuration de ville : des eaux usées incluant les eaux vannes. Autrement dit : les eaux ménagères n'ont jamais fait l'objet d'une description normative dans la loi (en terme de MES matières en suspension, taux de DBO5, contamination fécale, ...). Du coup, impossible de faire agréer une quelconque solution adaptée aux eaux ménagères, car si on la bourre de caca, il est évident que ça ne marchera pas !
Il serait donc intéressant de produire une telle norme, ne serait-ce pour que aquatiris puisse agréer des mini-phyto adaptées à l'habitat léger ou aux petites maisons.
Cependant, nous militons avant tout pour que le pouvoir épurateur du sol soit reconnu comme suffisant pour à la fois le traitement et l'infiltration. La seule recommandation à définir étant le dimensionnement du lit d'infiltration (à laisser le plus naturel possible : pas de gravier, pas de membrannes, pas de plastique, ...) au vu de la quantité d'eaux ménagères réelle, afin que l'eau ne stagne pas en surface.
Actuellement, le RAE participe à l'évaluation du FBB réalisé par l'INRAE, avec pour objectif qu'il puisse être inclus dans la loi en tant que filière traditionnelle, l'efficacité de la solution ayant été démontré par l'institut. Rendez-vous en 2028 !
